George Franck

« TAÏCHI : une Auto-Ostéopathie ? », par Franck George, ostéopathe D.O.

Tribune libre de Franck George, ostéopathe D.O.*

« L’histoire de l’ostéopathie devrait, pour couronnement, aboutir à la prise de rendez-vous quotidien de chacun avec son corps » 

Alain Abehsera

Lorsqu’on parle de taïchi, on pense généralement à des personnes asiatiques pratiquant dans des parcs au petit matin. Et c’est le mouvement, lent, qui attire au début l’attention. Cet enchaînement de mobilisations du corps, ensemble de mouvements codifiés, porte le nom de « tao ». L’assouplissement corporel est ainsi réalisé grâce à la micro-mobilisation d’un grand nombre d’articulations dans les trois dimensions de l’espace. Le but de la pratique est de relâcher au maximum le corps pour diminuer les contraintes des articulations et améliorer la circulation des liquides. En effet, ces micro-mobilisations douces réalisent des libérations, un relâchement de l’adnexa tissulaire comme l’ostéopathe peut le faire en TGO (Traitement Général Ostéopathique), permettant d’atténuer, lisser, voire effacer les adaptations, les dysfonctions secondaires dans un premier temps.

Il n’est pas rare chez les novices de voir des tendinites ou de vieilles douleurs apparaître lors des premières séances : ces modifications posturales vont « dans le sens de la correction », ce qui force et contraint les structures et chaînes fasciales (les sort de leur « équilibre de maladie », meilleure adaptation trouvée jusque-là); celles-ci devraient se relâcher progressivement. Nous pouvons trouver là un parallèle avec les premières suites de traitements ostéopathiques.

Dans les paragraphes suivants, je vais développer plusieurs aspects du taïchi pour tenter de mettre en exergue leur résonnance ostéopathique.

Trouver son fulcrum afin d’accéder plus facilement à celui de l’autre : 2 visées

  • Application martiale
  • Application de recherche d’harmonie, écoute de l’autre (de son corps et de ses tissus) ; de son empilement interne de fulcrum, soit pour l’aider, s’équilibrer, soit pour le déséquilibrer (côté martial)!

Expérimentation de la différence entre force et puissance

Le pratiquant de taïchi apprend à ressentir où est le point d’équilibre (en lui ou chez l’autre) et donc, les éventuels déséquilibres du corps de l’autre ; de ce fait, il utilisera moins de force pour le faire vaciller. Pour ce qui est des coups que l’on peut porter, la puissance du coup dépendra énormément de notre positionnement (fulcrum, ancrage) et de l’endroit où nous l’appliquerons sur le corps : plus il se rapprochera du centre de gravité, plus ce sera efficace et puissant, car nécessitant moins de force. Et ce sera encore plus facile si le sujet a été déséquilibré auparavant car il offrira peu de résistance, ses fulcrums, points d’appui, étant faillés.

D’autre part, il pourra aussi (comme dans l’aïkido), se servir de la force de l’adversaire ou plutôt du déséquilibre engendré par l’application de cette force. Toute force appliquée est un levier rigide exploitable par l’opposant ; il « suffit » alors de dévier celle-ci en bougeant son point d’application pour en diminuer la puissance, la portée.

Il en va de même en ostéopathie, où le praticien recherchera les déséquilibres du corps de l’autre afin d’agir plus efficacement sur ce qui en perturbe la fonction. Ses techniques structurelles utiliseront des fulcrums, les points d’appui du corps de l’ostéopathe, mais aussi, lors de techniques fonctionnelles, les fulcrums internes du patient (alors en déséquilibre) pour les normaliser ; de la compréhension et la maitrise de ces techniques dépendra l’efficacité du traitement proposé. Pour les techniques structurelles, le placement, l’ancrage, l’utilisation du poids du corps, le point d’application de la force, les leviers, les bras de leviers physiologiques… seront autant d’éléments facilitant la tâche du thérapeute : peu de force sera nécessaire pour réaliser sa technique qui sera alors très puissante.

Une des pratiques du taïchi est le « tchi-na » : elle consiste en la réalisation d’une clef appliquée à une partie du corps, visant à faciliter le déséquilibre de l’adversaire. C’est assez similaire à ce que l’on peut utiliser pour certaines techniques en montant des bras de leviers physiologiques pour amener une mise en tension ou solidariser certaines parties du corps afin de s’en servir comme de leviers. Ce ne sont finalement que des principes de biomécanique et de physique appliqués pour contraindre certaines zones du corps. Cela peut bien sûr être utilisé pour se défendre et immobiliser un assaillant, mais pratiqué de manière très douce, cela réalise un stretching très intéressant et efficace pour les articulations visées (essentiellement celles des membres supérieurs). Les tchi-na permettent un entretien de la souplesse articulaire et un étirement des chaines fasciales. Mon sentiment est qu’il s’opère aussi une libération sur les trajets des méridiens (des membres supérieurs en l’occurrence) qui pourrait expliquer la sensation de bien-être général suivant cette pratique, outre le relâchement et le confort purement physiques obtenus.

Ces techniques permettent de redonner plus de mobilité et donc de capacité d’adaptation (en réalisant parfois même un dégrippage) aux structures sollicitées.

Stimuler les forces internes d’autoguérison

Soulager au maximum les structures (« lâcher-prise »), pour ramener une fonction plus pleine, plus efficace : tels sont des buts communs aux deux disciplines.

Il existe une différence entre ce pourquoi une structure est faite et ce qu’on en fait ! Structure/ fonction ; équilibre/ déséquilibre ; réel/ virtuel : le réel correspondrait à ce qu’on est à cet instant et le virtuel, ce vers quoi on tend ; nos tensions déséquilibrées, en résistance, pouvant devenir des tensions équilibrées, en relâchement, en harmonie. La prise de conscience et le travail sur soi permettent de voir l’objectif et de faciliter le travail pour l’atteindre. Un de mes éminents professeurs (Marc Bozzetto pour ne pas le nommer) nous a toujours parlé de l’ostéopathie comme étant « une confiance (patient) qui rencontre une conscience (thérapeute)» : cette conscience nécessaire amenée par le thérapeute pour aider le corps à trouver ces améliorations dans ses déséquilibres, peut alors être amenée de l’intérieur par le pratiquant pour libérer ses propres tensions. Dans la pratique du taïchi, évolution de mouvements biaisés (notamment par les déséquilibres du corps du pratiquant), vers des mouvements plus harmonieux par le relâchement des contraintes (mécaniques, psychiques, intellectuelles, émotionnelles) ; Relâchement amenant à une amélioration du mouvement et donc de la libre circulation liquidienne, et au final de la fonction.

Au même titre qu’une force appliquée de l’extérieur (structurel) tend à forcer les tissus dans une direction et que le fonctionnel cherche à utiliser les forces inhérentes de l’organisme par l’écoute des tissus pour relâcher ces derniers, le pratiquant de taïchi débutant va généralement chercher la beauté du mouvement (corrigé, équilibré) vu de l’extérieur, alors qu’il ne sera « beau », et surtout n’exprimera quelque chose de « beau », qu’une fois vécu et libéré de ses tensions intérieures (physiques, psychiques) ; cette libération optimale qui viendra de l’intérieur, pourra exprimer une harmonie et apaiser un observateur au premier regard.

La vie c’est le mouvement
« Be water my friend, be water » Bruce Lee

La pratique de l’ostéopathie aquatique m’a fait grandement évoluer et ressentir de profondes modifications en moi, comme une lame de fond.
Celles-ci m’ont amené à opter pour la pratique du taïchi qui représentait un chemin beaucoup plus dans la rondeur que celui du kung-fu que je suivais alors. Et je n’ai pas été déçu de ce choix. J’y ai trouvé cette rondeur, cette souplesse que je cherchais à travailler depuis longtemps, chose que je faisais par des étirements principalement. Un travail sur le corps qui était intéressant mais limité, peut-être par le fait qu’il fallait commencer par relâcher l’intérieur. Et c’est là qu’est venu en filigrane ce parallèle entre l’ostéopathie que je pratiquais depuis quelques années et ce que j’expérimentais dans mon corps lors de mon apprentissage du taïchi : un peu tout ce que j’expose ici…

La fluidité du travail dans l’eau et le fait qu’en ostéopathie aquatique le plan sur lequel on communique soit celui des tissus, des fascias, et non l’articulaire, ont contribué à briser certaines rigidités, visions mécanistes ou cartésiennes. Et en ce sens, les deux (ostéopathie et taïchi) se sont retrouvés, en tant que supports très similaires pour évoluer en tant qu’être. Mon professeur de taïchi (il n’aime pas qu’on l’appelle « maître ») nous répète régulièrement que notre style de taïchi, « Wutao » signifie « la voie par la technique », mais que la technique n’est pas la voie, ce n’est qu’un support pour trouver la voie, sa propre voie. Il en va de même en ostéopathie, les techniques ne sont que des techniques et plusieurs peuvent s’appliquer dans un même cas ; ce qui est important et ce qui se passe en dessous, dans le corps du patient et notre action (qu’elle soit structurelle ou fonctionnelle) ne doit tendre qu’à une chose, aider le patient à retrouver son équilibre pour mieux avancer sur sa voie. « C’est l’intention qui compte », autant dans le taïchi qu’en ostéopathie, ce que l’on veut faire, laisser faire, exprimer ou laisser s’exprimer.

L’ostéopathie aquatique a cette spécificité qu’elle permet selon moi, de par les conditions de pratique (eau chaude, isolation sensorielle, lâcher prise, sensation de la globalité de son corps et travail sur cette globalité), une connexion plus rapide que sur table, à ce que nous sommes au plus profond (Moi, Soi…) sans parasite et sans fard. Et c’est une des raisons pour lesquelles cette pratique permet des prises de conscience qui peuvent être importantes pour les patients (cela peut s’effectuer aussi sur table, mais peut-être moins rapidement, moins facilement) ; ils peuvent travailler (plus ou moins consciemment) sur leurs problématiques, comme on peut le faire avec le taïchi : avec ces deux pratiques, ostéopathie et taïchi, chacun peut travailler sur le polissage de sa pierre intérieure.

Un maître de taïchi dans son livre « 101 Réflexions sur le taï-chi-chuan » disait : « Les arts internes tiennent de l’élément eau, lorsque nous cherchons à nous mouvoir et nous transformer en fonction des obstacles qui apparaissent sur notre chemin. […] J’aime l’idée que l’eau ne coule bien que lorsque les creux et les bosses sont totalement immergés. »

Ces paroles peuvent je pense trouver écho chez l’ostéopathe qui les lit… dans son parcours, aussi bien que celui du corps de ses patients.

La règle de l’artère est suprême

Grand principe de base de la vie humaine : si le sang ne parvient pas, l’oxygène non plus et la fonction n’est plus entièrement remplie. D’où ce grand principe de base de l’ostéopathie qui veut que l’on cherche à libérer les voies de circulation des liquides et donc en premier lieu du sang pour que tout fonctionne au mieux et le plus longtemps possible.

Il en va de même dans la pratique du taïchi, où le pratiquant cherchera un relâchement optimal du corps, afin d’en diminuer les tensions qui peuvent perturber le bon écoulement liquidien.

Outre le relâchement de son corps et le travail de respiration, une des premières notions que l’on apprend est celle de plein et de vide : il s’agit, dans son ancrage au sol lors des pas, d’ancrer son appui (plein, remplissage) quand on contacte le sol, et lorsque le pied le quitte, d’être très léger comme si on le vidait (vide). En dehors de l’aspect énergétique, cela réalise un pompage au niveau des semelles plantaires de Lejard, système de pompe du réseau veineux des membres inférieurs situé sous les voûtes plantaires pour le retour sanguin. Dans le reste du corps, un travail peut être effectué sur la notion d’ouverture/fermeture, d’expansion/rétraction lors des différents mouvements effectués. Cela amène de la même manière un pompage général du corps, comme le fait naturellement le MRP diffusé dans l’ensemble du corps. Je pense que peut se créer alors, selon la lenteur du rythme du pratiquant, une synchronisation ou un rapprochement entre le rythme de ses mouvements et celui de son propre MRP. Synchronisation qui pourrait avoir l’effet d’en améliorer, par mise en résonance (vibration), les effets bénéfiques.

Harmoniser les 3 diaphragmes

Comme déjà évoqué plus haut, le travail de respiration est important lors de la pratique. Il permet dans un premier temps de s’apaiser, en en reprenant le contrôle volontaire : ralentissement de l’organisme et de ses différentes fonctions, bascule vers un état plutôt parasympathique de détente et régénération. Puis il permet d’entretenir une focalisation sur une tâche précise ce qui a pour effet de désencombrer l’esprit, comme lors d’une méditation (support de respiration ou de fixer une bougie…). Il va permettre également d’entretenir un pompage mécanique comme une vague qui va et vient et lisse, efface les tensions qui se présentent à elle. Travail avec la respiration qui est très souvent utilisé en ostéopathie pour améliorer l’efficacité ou la portée d’une technique.

Le « Tantien » est le centre énergétique du bas ventre, très souvent évoqué dans les arts martiaux et important à plus d’un titre. Stabilité (centre de gravité), optimisation de la respiration abdominale, foyer de base pour les énergies du corps et pour la circulation et la diffusion de celles-ci. Nous parlons ici du Qi (prononcer «tchi »), qui peut alors circuler librement et être recruté par celui qui le maitrise pour soigner ou pour combattre en fonction de son intention. La respiration abdominale sera meilleure si le périnée est relâché et son travail permettra aussi une plus grande détente de celui-ci. La posture de base du taïchi, les genoux légèrement fléchis et les lombaires délordosées, amène une rétroversion du bassin et par là aussi une détente du périnée, et une libération de la colonne d’air par la mise en flexion (crânienne) du sacrum.

En ce sens, il sera alors effectué un travail d’harmonisation des diaphragmes thoracique et pelvien. Le 3ème diaphragme, crânien, sera d’ores et déjà involontairement sollicité, mais il est possible d’aller un peu plus « le chercher » ; le pratiquant peut alors placer sa langue en arrière des incisives supérieures tout au long de sa pratique. L’intérêt de ce placement n’est en général pas précisé car empirique, mais l’ostéopathe comprend rapidement que cela amène mécaniquement un état de flexion au niveau du crane (par induction d’un mouvement dans le sens de la flexion sur le vomer et aussi via l’ethmoïde vers le sphénoïde, la SSB et les membranes qui y sont rattachées, dont la tente du cervelet). De ce fait, le pratiquant effectuera sur lui-même lors de son taïchi, un exercice qui tendra à synchroniser, harmoniser, via la respiration thoracique, l’ensemble des 3 diaphragmes du corps, comme peut tendre à le réaliser un ostéopathe sur un patient. Il pourra alors faire un travail de libération sur ses trois piliers du corps afin de s’autocorriger.

Rapport au temps, à la lenteur (présence)

Le travail qu’il soit en ostéopathie « douce » ou dans le taïchi va nécessiter un temps plutôt long. De par la concentration dans un premier temps et l’attention nécessaires à leur pratique, il va permettre aux tissus d’avoir du temps pour s’exprimer. Ceci est en décalage avec notre société en recherche permanente de vitesse, d’efficacité, de rapidité de résultat, mais permet une prise de conscience de l’attention à porter à notre corps et de la notion de temps pour obtenir un changement, une modification dans les tissus. Ces expérimentations amènent une sorte de dilatation du temps qui n’est pas dénuée de contenu, mais remplie de cette attention portée à la réalisation de la tâche et qui je pense en améliore sa portée.

En taïchi, le fait de travailler lentement est au début une contrainte car nous sommes obligés de ralentir ; ceci amène des tensions pour contrer les mouvements tels qu’ils se présentent. Puis, une habitude s’installe par une plus grande connaissance et maitrise des gestes, qui permet leur réalisation avec un meilleur relâchement : ceci est dû essentiellement à l’amélioration des performances du système postural fin, de la proprioception. Va s’ensuivre une plus grande efficacité de gestion de la posture, donc de l’équilibre du corps avec une moindre dépense énergétique. La personne améliore son équilibre et réduit les risques de chute (ce qui est d’autant plus intéressant chez les séniors). Certains exercices effectués les yeux fermés peuvent venir encore renforcer ce système et peuvent être utiles comme rééducation à la suite de traumatismes ou chirurgies.

Néanmoins, la pratique dans une grande lenteur peut amener à un contrôle trop présent des mouvements ou micromouvements par des tensions musculaires, ce qui est à l’opposé de la fluidité recherchée ; comme souvent, il faudra trouver son propre équilibre, le juste milieu, entre lent et trop lent, pour pratiquer dans le confort et la fluidité.

Adaptation à son environnement

Le taïchi est aux origines un art martial ; c’est de là que naît la nécessité de garder les yeux ouverts lors de la pratique de cette discipline. Elle peut être assimilée à une méditation active dans le sens où le pratiquant doit essayer de trouver un certain équilibre de son attention entre le dedans et le dehors. Il doit être capable de se positionner en spectateur de ce qui se passe autour, autrement dit à ne pas réagir de manière réflexe, primaire, à un stressor externe. L’idée est de ne pas être esclave de notre cerveau reptilien et de garder sang-froid et capacité d’analyse dans une situation d’agression ou d’urgence, afin de réagir au mieux, au plus efficient, sans perte de temps à paniquer. Ce travail permet de mieux gérer ces stressors et par conséquent, les effets qu’ils auront sur notre organisme, et nous savons combien nos patients en sont souvent victimes.

Cela nous permet aussi d’équilibrer le système neurovégétatif par un effet ralentisseur du métabolisme du fait de la lenteur des mouvements effectués, du calme obtenu notamment par la respiration. Tout cela engendre un état parasympathique très bénéfique et régénérateur pour le corps, d’autant plus nécessaire dans nos sociétés hyperstimulantes, hyperactives.

Cette meilleure gestion de nos comportements et émotions est salutaire pour notre vie quotidienne et notre santé future.

Art

IESA arts et culture définit l’art comme regroupant les œuvres humaines destinées à toucher les sens et les émotions du public. Le Larousse, lui, parle d’un ensemble de procédés, de connaissances et de règles intéressant l’exercice d’une activité ou d’une action quelconque.

Ces deux définitions correspondent assez clairement aux deux disciplines qui nous intéressent.

L’ostéopathie, nécessite de nombreuses connaissances anatomiques, physiologiques et techniques, et doit s’adapter à chaque individu pour exprimer son potentiel. Elle s’adresse aussi directement aux sens du patient et à ses émotions. C’est à travers la compréhension de l’autre que pourra naître l’expression de cet art palpatoire, son résultat, peut-être son aboutissement.

Le taïchi nécessite aussi une grande maîtrise de son corps et de nombreuses techniques et années de pratique pour être bien réalisé et efficace dans le combat ou dans la recherche d’harmonie corporelle. De par son aspect extérieur, visuel, il constitue aussi un art, par la possibilité qu’il offre au pratiquant d’exprimer ce qu’il aura envie (choisi) au travers du support de la technique (parallèle avec l’ostéopathie déjà évoqué plus haut). Pour illustrer cela, je prends souvent l’image d’une récitation qu’on apprend (ici le tao, enchaînement de mouvements codifiés) et la manière dont on décidera de la réciter : la matière de base reste la même, mais le rendu peut être tout autre en fonction de l’intonation, de l’interprétation de chacun : ce qu’il met dedans.

Dans les deux cas, ces arts permettent une expression de soi et parfois même du Soi…

  • Le pratiquant de taïchi de par la réalisation corporelle, expression de ce qu’il est à l’intérieur, tout en travaillant sur ce qu’il est au plus profond.
  • Le thérapeute, de par le travail de remise en question de lui-même à travers sa pratique de tous les jours (réussites, échecs…) qui modifiera ce qu’il est et ce qu’il exprime. Mais aussi pour ses patients, par la pratique de l’ostéopathie qui pourra les mener à une plus grande expression de ce qu’ils sont, par une plus grande compréhension d’eux-mêmes.

Dans le livre «Initiez-vous au taïchi » sont présentées plusieurs traductions possibles du terme taï-chi-chuan dont une est : « art du poing/expression la plus aboutie au niveau corporel des principes de la nature ». De la même manière, l’ostéopathe va laisser s’exprimer à travers le corps de l’autre les potentiels d’auto-guérison de la nature par sa main éduquée.

Les limites

Certains blocages primaires ne sont pas facilement libérables, ou en tout cas pas rapidement : des dysfonctions anciennes ou aphysiologiques, profondément enfouies ou qui somatisent des problématiques d’ordre psychologique. Les dysfonctions crâniennes aussi seront difficilement améliorées avec la pratique du taïchi (même si, en relâchant d’autres tensions périphériques, cela rendra ces dernières plus adaptables pour l’organisme).

Même si le travail sur soi implique qu’il soit fait par définition en conscience et comme dit plus haut, permettrait d’accéder à certaines ouvertures moins évidentes avec une personne externe, il reste que si le patient a besoin d’une aide externe, physique ou psychologique, il ne pourra pas le faire tout seul. Pour certaines corrections ou modifications, un fulcrum externe (humain ou autre (matériel)) peut s’avérer nécessaire.

CONCLUSION

Vous l’aurez compris, ce n’était pas une réelle question, mais plutôt une conviction que je me suis forgée au cours de mes 5 années de pratique du Taïchi, mais aussi à travers la pratique de l’Ostéopathie et Ostéo aquatique, et que je tenais à partager pour vous amener à expérimenter cette discipline millénaire qui n’est pas qu’une gymnastique d’entretien… très loin de là même !

Le taïchi n’est pas de l’ostéopathie mais sur de nombreux points qui ont été exposés, les deux disciplines se rejoignent et travaillent sur des chemins très parallèles qui se superposent souvent. Leur point commun est une attention portée au corps qui ira chercher les potentiels d’autoguérison de celui-ci, que ce soit pour s’aider soi-même ou pour aider son prochain dans son chemin de vie.

Franck George, ostéopathe D.O. en quelques mots!
Franck GEORGE, 44 ans, ostéopathe DO installé depuis 2003 à Antibes (06). Diplômé de l’Ecole Supérieure d’Ostéopathie ATMAN (Sophia-Antipolis), j’y suis maintenant Formateur en Ostéopathie depuis plus de 15 ans. J’ai suivi diverses formations post-graduées en périnatalité, somato-émotionnel et ostéopathie aquatique que je pratique avec plaisir depuis plus de 5 ans en thalassothérapie (Thalazur Antibes). Ancien basketteur semi-professionnel, je fais toujours du sport pour m’entretenir et depuis 5 ans je pratique le taïchi, comme mentionné dans l’article.   

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES :

  • Magazine « Le Monde de l’Ostéopathie », Trimestriel 11, année 2014, p.47, article d’Alain Abehsera sur le Still point
  • Livre « 101 Réflexions sur le taïchichuan », Michael GILMAN, p.49
  • Livre « Initiez-vous au taïchi », Luce Condamine
  • Bruce LEE, « The “« lost » interview “

* Les tribunes et témoignages publiés sur Osteomag.fr ont pour vocation de nourrir le débat et de contribuer à un échange constructif. Les propos tenus dans ce cadre ne reflètent en aucune mesure les opinions des journalistes ou de la rédaction et n’engagent que leur auteur.

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