GS

RETROSPECTIVE #1 – GYMNASTIQUE SENSORIELLE, UNE THÉRAPIE TISSULAIRE DANS UNE DYNAMIQUE CORPORELLE

Durant tout l’été 2020, Ostéomag vous propose de revenir sur les reportages qui ont marqué les numéros publiés au cour des périodes estivales.
Pour ce premier épisode, retour en juillet 2019 avec le reportage sur la Gymnastique sensorielle publié dans Ostéomag #41 en juillet 2019

Pourquoi accorder une grande place à la gymnastique sensorielle dans un magazine dédié à l’ostéopathie et la thérapie manuelle ? Parce qu’on peut interroger la dimension dynamique et active des thérapies manuelles au sens large. N’est-il pas pertinent de proposer une prise en charge complète qui donnerait au patient une part active dans sa guérison ?

Une enquête réalisée par Reza Redjem-Chibane

Les praticiens de la gymnastique sensorielle (GS) parlent de physiologie sensorielle pour décrire un mouvement indifférencié qui est présent partout et dont l’origine se situe dans la matière humaine. Cette force autonome appelée mouvement sensoriel est décrite comme un mouvement invisible, involontaire, d’une lenteur constante et dont le rythme est de deux cycles par minute (NDLR : ce rythme est expliqué dans notre entretien avec Danis Bois dans Ostéomag #41). Elle est dite sensorielle parce qu’il est possible d’entrer en relation de perception avec le mouvement.

La GS se présente également avec des objectifs d’accompagnement thérapeutique. Mais quels sont ces objectifs ? Avant de répondre à cette question et de décrire la GS, il est indispensable de s’intéresser au créateur de la GS.

Il s’agit d’un thérapeute, masseur-kinésithérapeute devenu ostéopathe avant de s’intéresser aux fascias pour donner naissance à une méthode : la fasicapthérapie qui porte actuellement son nom. Il s’agit de Danis Bois dont vous pouvez retrouver son interview sur la fasciathérapie méthode Danis Bois dans L’ostéopathe magazine #09 ainsi que son témoignage sur la GS au sein d’Ostéomag #41. Passionné du mouvement fin et de la lenteur, il n’a eu de cesse d’explorer les différentes composantes tissulaires, dynamiques et somato-émotionnelles du corps humain.

SE SITUER, S’ADAPTER, SE METTRE EN ACTION ET SE RENOUVELER

Pour analyser les principes sur lesquels s’appuie la GS, il faut commencer par comprendre l’importance du mouvement à tous les âges de sa vie. À la naissance, le mouvement permet au bébé de construire son schéma corporel et d’entrer en connexion avec son environnement à travers tous ses sens. À l’âge adulte, que devient cette force constructive et évolutive ? Pour Danis Bois, « ce qui a marché pour me construire marchera pour me reconstruire »(1). Cette force de croissance pourra être disponible pour un objectif thérapeutique et c’est cette force que sollicite la GS pour transformer le rapport à soi et au monde. Les quatre enjeux majeurs de la GS sont donc les suivants : se situer, s’adapter, se mettre en action et se renouveler.

Cette force de croissance évoquée plus tôt est constituée d’une force linéaire qui se déploie d’après Hélène Courraud-Bourhis (2) « selon trois orientations fondamentales de l’espace qui correspondent aux axes de la croissance embryonnaire : haut/bas, avant/arrière, droite/gauche. Ces trois orientations linéaires sont la trace, dans le corps humain, de la première organisation spatiale de la forme corporelle. Cette composante linéaire est aussi appelée mouvement de base. Elle est un élément constitutif du geste en complémentarité avec le mouvement circulaire qui s’effectue autour de l’axe » (Source : Interview de Danis Bois, Ostéomag #41).

COORDONNER LE MOUVEMENT AVEC LA LOGIQUE SENSORIELLE

Toute la gestuelle est ainsi organisée autour d’une coordination fondamentale de base qui est l’association d’un mouvement linéaire et circulaire : quand une partie du corps va dans un sens, une partie va dans l’autre sens. Ainsi le mouvement linéaire, qualifié alors de contre-mouvement, va toujours en sens inverse de la circularité. C’est un principe d’équilibre. Par exemple, une inclinaison à droite du cou réalise un mouvement circulaire vers la droite associé à un mouvement linéaire vers la gauche. Si une au plusieurs vertèbres cervicales n’étaient plus animées de ce mouvement linéaire vers la gauche, on parlerait d’immobilité ou de blocage qu’il serait nécessaire de lever.

C’est l’objectif des exercices en GS : coordonner harmonieusement les formes linéaires et circulaires sur cette logique sensorielle. Chaque forme ayant sa spécificité : motrice pour le mouvement circulaire, sensoriel pour le mouvement linéaire. La cohérence sensorielle rétablie permet une action profonde sur les tissus, sur la personne elle-même et donne au corps une fibre sensible qui modifie le rapport à soi et au monde.

Par ailleurs, on peut associer les mouvements de base à des intentions directionnelles qui sont autant d’attitudes fondamentales. Par exemple : s’engager, aller de l’avant correspond à un mouvement linéaire antérieur. Prendre du recul, aller vers soi correspond à un mouvement linéaire postérieur. Ainsi les mouvements de base constituent un répertoire des attitudes disponibles pour gérer un événement. In fine, l’entraînement en GS aura pour objet de réhabiliter la composante linéaire du mouvement au sein de la circularité afin de réinstaller une cohérence sensorielle essentielle pour le développement de sa propre identité.

LES SCHÈMES ASSOCIATIFS : PRÉPARER ET ORGANISER LE MOUVEMENT

Tout mouvement global du corps s’organise autour de schèmes associatifs. Un schème associatif de mouvements est une combinaison particulière de mouvements circulaires et de mouvements linéaires. C’est un ensemble de mouvements élémentaires qui ont un fonctionnement optimal lorsqu’ils sont ensemble. Le corps possède naturellement plusieurs schèmes qui préparent et organisent le mouvement pour le rendre économe en énergie et l’installer dans un équilibre général. En GS, on décrit ainsi six chaînes de mouvement.

La GS considère que le mouvement n’est pas neutre. Il déclenche une résonnance et concerne la personne en profondeur. Chaque mouvement correspond à une attitude de vie et une mise en action d’une partie de son identité. Se plier en avant par exemple aura une signification différente en fonction du moment et du pratiquant : accueillir, se protéger ou s’ouvrir vers l’intérieur et la profondeur.

Cette faculté d’entrer en résonnance de sens avec le corps, en relation de conscience avec un processus dynamique vivant est la particularité de la sensorialité. Une sensorialité qui peut devenir active à travers le statut que nous accordons au corps. Il existe d’infinies possibilités d’entrer consciemment avec son corps que l’on peut regrouper en trois postures bien distinctes : le corps objet, le corps sujet et le corps sensible. Chacune de ces postures apporte une sensation d’exister particulière, offre une relation au monde différent et crée un nouveau mode de vie.

DU CORPS OBJET AU CORPS SENSIBLE

Le corps objet est un corps organique, mécanique, quasiment assimilé à une machine. Le corps sujet apparaît lorsqu’une relation perceptive au corps s’installe à travers des états comme la douleur, le plaisir, le relâchement, etc. Il n’y a pas de dualité, mais une unité entre le corps et l’esprit. Enfin, le corps sensible se caractérise par le fait que la personne a conscience d’une relation avec le corps, conscience des effets produits par la relation et que ces effets modifient sa conscience. C’est la qualité de l’attention portée au corps qui crée cette relation à soi.

Les outils de la GS permettent de faire évoluer le corps objet vers le corps sujet puis vers le corps sensible. Pourquoi est-il intéressant d’accéder à ce corps sensible ? Dès que le statut de corps sensible apparaît, un rapport qualitatif au corps et à la vie s’instaure : notre personnalité essentiellement pensante devient aussi sentante, de nouvelles sensations se dévoilent, notre présence se révèle et l’on a la sensation de se retrouver, de rentrer chez soi.

Le sensible est une voie d’accès à la personnalité et à travers lui, on va pouvoir reformuler son rapport au monde. Il ne s’agit pas seulement d’être conscient de ce qui se passe, mais d’être présent à ce qui se passe. On est dans le domaine de la relation de réciprocité. Ainsi le statut de corps sensible est empreint d’un rapport de proximité et de simultanéité avec son corps, avec soi.

Passer du corps objet au corps sensible est un processus de transformation qui s’appuie sur la qualité de la relation entre le sujet et son corps. Ce phénomène évolutif met le pratiquant en présence de deux forces : l’une de préservation l’autre de renouvellement. Cette dernière confronte l’individu de façon inévitable à ses inerties, ses immobilités dont la résistance est proportionnelle à ses croyances, à ses préjugés et à ses schémas de pensée.

LA LECTURE DU CORPS EN GS : DE LA PHYSIOLOGIE SENSORIELLE À L’EXPANSION INDIVIDUELLE

La GS s’intéresse à l’expression du mouvement dans les tissus et dans la gestuelle. Si l’organisation du mouvement telle qu’elle est décrite dans la physiologie sensorielle est un principe invariable, son expression individuelle peut être perturbée. Tout choc et toute contrainte, physiques ou psychologiques, ont des répercussions dans la matière. Si la physiologie sensorielle est synonyme de mouvement, de sensibilité et de conscience, à l’inverse, l’accumulation de contraintes suite à un choc ou à des élans étouffés, rendra la matière immobile, insensible et inconsciente. Une immobilité qui se caractérise par l’arrêt du mouvement interne dans certains endroits du corps et mise en évidence par la main d’un thérapeute manuel ainsi que par le geste qui n’est plus en relation avec la sensorialité.

Les zones du corps qui ne sont plus animées par le mouvement sensoriel perdent alors leur sensibilité et sortent de la conscience. L’individu ne perçoit plus certaines parties de son identité qui deviennent absentes et non pourvoyeuses d’informations. Dans un premier temps, la pratique de la GS permet de rencontrer de nombreuses immobilités dans notre corps. Elles sont initiale-ment là pour diminuer la souffrance, éviter de voir ce qu’on ne veut pas voir, nous empêcher de faire ce que nous ne sommes pas prêts à faire. Selon le regard que l’on porte sur ces immobilités, elles peuvent être une aide ou une calamité. Dans tous les cas, elles sont une qualité en devenir.

Dans un second temps, la GS permettra de rendre sensible ce qui est insensible, conscient ce qui est inconscient et mobile ce qui est immobile…

Le reportage complet à retrouver dans Ostéomag #41

REFERENCES

(1) Isabelle Eschalier, La gymnastique sensorielle pour tous, éditions Guy Tredaniel, page 31

(2) Hélène Courraud-Bourhis, Biomécanique sensorielle et biorythmie : modélisation et protocole  d’évaluation (les cahiers de la MDB), Point d’Appui, 2005.

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