37-FédOsoli

RETROSPECTIVE #2 (bis) – 5es journées FédOsoli : forme où est la norme ?

Telle est la question que se posaient le 31 mars dernier à Bordeaux les participants aux 5es journées FédOsoli. Pour tenter d’y répondre ostéopathe, dentiste, kinésithérapeute, podologue, psychologue et même vigneron se sont succédé pour une journée rythmée entre conférences, ateliers et débat.

Un reportage réalisé par Élise Bouyssou, ostéopathe DO au sein du service maternité,  centre hospitalier Jean Leclaire, Sarlat (24).

FédOsoli rassemble des associations investies dans l’ostéopathie solidaire. Tous les deux ans, les acteurs de cette ostéopathie se rassemblent pour partager leurs expériences qui dépassent la simple thérapeutique. La véritable globalité est alors en action. L’ostéopathie dépasse la simple application thérapeutique pour investir le champ social et sociétal et devenir humaniste.

Cette 5e journée de rencontres était organisée par l’APO (Association Périnatalité et Ostéopathie) qui propose depuis 2010 une consultation gratuite dans les services de PMI à Bordeaux. Une fois par mois, une quarantaine d’ostéopathes de l’APO donnent de leurs temps pour proposer des consultations pour les femmes enceintes et les bébés ainsi que pour les femmes en post-partum. L’ostéopathe Jean Ducourneau, son président, évoque également les consultations proposées au sein du Réseau Paul Bert à Bordeaux qui accueille des personnes en grande précarité et les accompagne dans leur réinsertion.

Le thème retenu cette année était : La forme, où est la norme ? « Les mots pour exprimer les thèmes des journées FédOsoli ont toujours plusieurs lectures », nous explique Éric Perraux, le président de FédOsoli. « La forme du point de vue de l’ostéopathe concernera la posture. Mais d’un point de vue social et culturel, on peut entendre autre chose ». Pour illustrer cette thématique aux lectures variées, des professionnels d’horizons différents ont animé cette journée de conférences.

LA SYMETRIE PEUT-ELLE ETRE UN BUT THERAPEUTIQUE ?

Jean-Marie Briand, ostéopathe au sein des services maternité et néonatologie de l’hôpital privé d’Antony a entamé la journée par la conférence Trajectoire du développement du fœtus à l’adulte. Selon lui, la préoccupation des plagiocéphalies est dictée par une norme sociale et l’inquiétude du regard d’autrui. Or l’ostéopathie est une recherche d’équilibre, pas de norme ni de symétrie. Et Jean-Marie Briand de citer William Garner Sutherland : « Comme le rameau est courbé, l’arbre se penche ». On retrouve des similitudes entre les déformations du bébé et de la personne âgée (doigts de pieds). Entre-temps, la gravité terrestre aura changé la forme du corps pour optimiser le fonctionnement.

Les axes de fonctionnement du bébé sont créés par les contraintes de la grossesse, mécaniques, articulaires et celle de l’environnement dans lequel il était (l’utérus, dans le corps de la mère). Les variations morphologiques chez un nouveau-né sont donc les signes d’une adaptation à l’environnement précédent pour lui permettre de survivre et grandir. Selon Jean-Marie Briand, les difficultés d’adaptation au nouvel environnement évoluent selon cinq étapes :

  1. Confinement intra-utérin
  2. Réduction de la motricité
  3. Réduction des compétences neuromotrices
  4. Perte de mobilité tissulaire
  5. Dysmorphie de type orthopédique Ces pertes de mobilité entravent potentiellement la progression motrice du nouveau-né d’où l’intérêt de les traiter. Sinon elles peuvent constituer un frein à la trajectoire de croissance.

Les déformations sont dictées par le rapport entre la malléabilité de l’os et l’immobilité de la tête, ou plus généralement de l’enfant. Les systèmes de couchage ne sont pas la cause des déformations, mais le catalyseur. Le schéma dysfonctionnel est spécifique à l’enfant. Plus le schéma est global, plus il intéresse l’ensemble de l’enfant. Et plus la déformation s’installe. Un crâne de nouveau-né reste rond parce qu’il bouge. Il ne faut donc pas le contraindre avec des dispositifs, mais au contraire lui permettre de bouger.

La forme est guidée par la fonction. Par exemple, les séquences de succion-déglutition, qui apparaissent dés 33e la semaine de vie intra utérine, donnent la forme au massif facial. Il faut donc donner les moyens à la fonction de s’exprimer correctement en libérant le mouvement, et ainsi agir sur la forme.

Jean-Marie Briand rappelle que la résilience tissulaire peut être incomplète si l’énergie de l’enfant n’est pas suffisante. C’est le concept du « bébé pas animé » expliqué par Amiel Tison. Ou si la fixation tissulaire est trop ancienne ou trop importante. D’où l’importance selon lui d’utiliser des techniques ostéopathiques fluidiques.

Il explique que « l’enfant n’est pas un adulte en miniature » et que trop souvent nous utilisons un arsenal technique de l’adulte qui n’est pas adapté aux enfants. Selon lui, il faudrait davantage travailler l’anatomie de l’enfant avec des techniques pour l’enfant.

LES DESEQUILIBRES DE LA FORME ONT-ILS UN SENS ?

Lucas Coudret, praticien en méthode Nogués a ensuite pris la parole pour sa conférence : Regard épigénétique sur la posture et la transmission de la forme. La forme de mon corps m’a-t-elle été transmise ? Existe-t-il un moule génétique ? Pendant longtemps, le « dogme du tout génétique » a prévalu. Aujourd’hui, nous savons que l’épigénétique a plus d’influence sur la génétique que l’inverse. Nous sommes aux commandes de l’expression de nos gènes. Il n’y a donc aucun déterminisme, mais la possibilité de moduler l’expression de nos gènes par l’intermédiaire de nos comportements. L’épigénétique étudie l’influence de notre environnement sur l’expression de nos gènes (alimentation, gestion du stress, émotion, etc.). La génétique, c’est l’écriture du livre. L’épigénétique, c’est la lecture du livre. Et il peut y avoir plusieurs lectures, explique le conférencier.

Deux entités biologiques interviennent dans l’expression de nos gènes :

  • les enzymes
  • les micro-ARNs

Les micro-ARNs sont des interrupteurs qui vont s’allumer ou s’éteindre par l’intermédiaire de notre environnement. « Notre génome est en vie grâce à ses millions d’interrupteurs qui déterminent si un gène doit être activé ou pas » selon Birney. Ce que notre cerveau gère en permanence, c’est notre survie. Les mécanismes d’adaptation doivent être extrêmement rapides. L’infrastructure cérébrale doit être capable de s’adapter en une seconde. Le cerveau, plastique et très dynamique, lit dans une base de données qui est elle-même très dynamique.

La plasticité cérébrale permet au cerveau de se remodeler, d’aménager la circulation des informations. Pour ce faire, il utilise deux mécanismes :

  • La neurogénése : possibilité de créer de nouveaux réseaux synaptiques. C’est le principe du circuit de récompense qui est à la base de tous nos apprentissages.
  • Élagage synaptique : suppression des connexions inefficaces ou sous-utilisées. Selon Lucas Coudret, il existe deux choses qui bloquent la neurogénése : la routine et l’attachement aux traditions.

Les modifications épigénétiques se transmettent d’une génération à l’autre. Il y a donc une transmission héréditaire des caractères acquis. Ce qui sous-entend que nous sommes fortement conditionnés par notre histoire familiale, mais pas déterminés… « Il ne faut pas confondre ce qui est transmis de ce qu’on en fait », conclut l’ostéopathe.

La suite du reportage à retrouver dans Ostéomag #37

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