©Toa Heftiba

Ostéopathie et lombalgie : le fait placebo qui dérange ?

Une étude, menée sur dix ans à l’hôpital Cochin à Paris, publiée le 15 mars dans la revue JAMA Internal Medicine conclut que la manipulation ostéopathique n’est pas plus efficace qu’un placebo dans le traitement de la lombalgie chronique.

Pas de différence entre manipulations ostéopathiques et un placebo de qualité. C’est la conclusion de l’étude clinique menée par l’équipe du Professeur François Rannou. Menée au sein du service de rhumatologie de l’hôpital Cochin, elle a fait intervenir des praticiens ostéopathes exclusifs. Plusieurs sont d’ailleurs co-auteurs de l’article paru dans le JAMA Internal Medicine. On retrouve ainsi Rafael Zegarra-Parodi, Laurent Fabre et Guillaume Krief : « nous avons participé à l’élaboration du protocole, au suivi de l’étude, et contribué à la rédaction de cet article », affirment les trois ostéopathes d’une même voix dans un communiqué. 

Quid de la méthodologie ?

Pour arriver aux résultats que l’étude présente, l’équipe de chercheurs a fait appel à un groupe de 400 patients avec une moyenne d’âge de 50 ans. Il était composé de 60 % de femmes. Pour les syndromes, les patients étaient souffrants de lombalgie depuis en moyenne 7 mois et demi. Deux groupes ont été constitués pour un essai randomisé. Dans le premier, les patients recevaient six séances de traitement ostéopathique, tandis que le second groupe recevait des manipulations placebo. Pour les manipulations, il s’agissait « d’une approche systémique sur différentes parties du corps, y compris non symptomatiques, et incluant des techniques manuelles ostéopathiques passives structurelles, crâniennes et viscérales telles qu’elles sont actuellement enseignées aux futurs ostéopathes et proposées aux patients », arguent Rafael Zegarra-Parodi, Laurent Fabre et Guillaume Krief. 

La suite de l’étude a permis d’évaluer l’apport dans la vie quotidienne des patients avec le score Québec. Une échelle d’auto-évaluation de l’incapacité, qui traite du retentissement sur les activités de la vie quotidienne. Les chercheurs ont également pris en compte la douleur, la qualité de vie, le nombre et la durée des arrêts maladie, le nombre d’épisodes de lombalgie et la consommation de médicaments à trois et à douze mois.

Une légère amélioration, mais pas de pertinence clinique

Pour les résultats de l’évaluation l’article publié note que  : « À trois mois, la réduction moyenne du score de Québec était de -4,7 points dans le groupe ostéopathie et de -1,3 point dans le groupe placebo ». Et sur une année ? « La différence moyenne entre les deux groupes en termes de réduction du score de Québec était de -4,3 points et en termes de réduction de la douleur de -2,0 », répondent les auteurs. En d’autres termes, il n’y a aucune différence notable entre les deux techniques. Le constat d’une légère amélioration dans le temps, ne permet pas de conclure « avec pertinence clinique » que l’ostéopathie est efficace dans le traitement des lombalgies. Sur les effets secondaires, les résultats sont les mêmes selon l’étude : « les manipulations ostéopathiques n’ont pas d’effet sur la douleur, la qualité de vie ou la consommation de médicaments ». 

Et ensuite ?

Pour les trois ostéopathes exclusifs signataires de l’article, cette étude doit inciter « les praticiens, les formateurs et les chercheurs en thérapies manuelles à inclure explicitement l’analyse de l’influence des effets non spécifiques au sein de l’alliance thérapeutique d’une approche centrée sur le patient ». Ils citent l’exemple des effets contextuels, d’attente ou de conditionnement. Pour aller plus loin, ils évoquent également la contextualisation des résultats de cette étude dans l’environnement de soins spécifique à la France. Pour eux, le résultat doit également s’apprécier au regard de l’absence d’iatrogènie constatée et du rapport coût-efficacité des traitements ostéopathiques qui ne sont pas pris en charge par la solidarité nationale. 

Comment intégrer ces éléments dans la pratique ostéopathique ? Nous y reviendrons longuement avec les ostéopathes co-auteurs dans le prochain numéro d’Osteomag. 

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