Social-distance

Les thérapies manuelles au temps de la distanciation sociale

Le 30 octobre dernier, le gouvernement a décidé la mise en place d’un second confinement pour l’année 2020. Plus souple que celui de mars dernier, plus anticipé également, il permet aux thérapeutes manuelles de continuer d’exercer en s’adaptant au « nouveau monde ». Comment vivent-ils la situation ? Osteomag est allé les rencontrer pour vous. 

Par Sami Bouzid

Pratiquer avec ses mains en gardant la bonne distance avec les patients. Voici le casse-tête que rencontrent aujourd’hui les ostéopathes, kinésithérapeutes, fasciathérapeutes et autres professions en contact manuel direct avec les patients. A Montpellier, non loin du conseil départemental, Laurent Tort, kinésithérapeute de formation et ostéopathe depuis 1999,  nous accueille à la fin de sa journée. Nettoyage de mains, petit coup sur la table et le désormais indispensable masque  » un  FFP2, parce que dès qu’on est sur des techniques cervicales ou le crâne on est assez proche des patients »  explique le praticien. Le seul moment où il s’autorise à demander aux patients de retirer le masque c’est “lors des techniques intra-buccales, mais moi je garde le mien”  précise ce dernier. 

Une réalité vécue différemment selon les thérapeutes, les pratiques et la réglementation. 

Dans son approche ostéopathique Laurent Tort assure n’avoir rien changé à sa pratique, il continue d’employer les mêmes techniques qu’avant la crise sanitaire avec les précautions en plus. Quid du stress des patients ? « Il y a eu pas mal de gens qui étaient craintifs de revenir au départ » confesse le praticien, avant de tempérer  » mais avec les mesures rassurantes mises en place, aujourd’hui peu de patients ont vraiment peur ». Une situation que l’ostéopathe remet dans son contexte en insistant sur le fait que  » la région de Montpellier a peut être été moins impactée que le reste de la France, ce qui peut expliquer cela « . Une réalité vécue différemment  selon les thérapeutes, les pratiques et la réglementation. 

Des restrictions respectées   

Toujours à Montpellier, dans une rue voisine de la gare Saint Roch désertée par les voyageurs, Roxane Figueira et Martin d’Abrigeon, tous deux kinésithérapeutes nous accueillent dans le cabinet qu’ils partagent. Des sourires qui se dessinent sur les yeux, dans une pièce aérée et en respectant la distanciation sociale, les deux praticiens racontent leur métier face à la crise sanitaire.  Régie par l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes, la profession a reçu des consignes claires  » nous avons fermé pendant deux mois, on avait interdiction de prendre en charge les patients, même à domicile  » précise Roxane Figueira. 

Une situation qui a évolué avec le deuxième confinement  » Aujourd’hui, on peut travailler en respectant l’ensemble des règles sanitaires  » complète Martin d’Abrigeon. Aération du cabinet, masques, désinfection de tout ce qu’un patient peut toucher, autant de gestes qui rythment la journée  » Roxane m’a demandé d’emmener ma propre serviette et de garder mon masque  » sourit le jeune Fayzali, un patient venu pour la rééducation de son coude suite a une fracture du radius sur l’extrémité proximale.

« On ne communique plus avec nos visages »

Martin d’Abrigeon

Un peu plus loin, une patiente plus âgée enchaîne les mouvements avec Martin «  pas facile de respirer avec ce masque » soupire t-elle.  Un constat que le kinésithérapeute rejoint  » pour les techniques ou on travaille avec la respiration, c’est pas facile avec le masque  » tout en regrettant  » c’est pas évident parce qu’on communique plus avec nos visages, ça change pas mal de choses notamment au niveau des ressentis ». 

Un impact physique et des séquelles sur certains patients 

Des changements qui se sont également appliqués à certaines techniques qui sont évitées au maximum   » j’évite certaines prises au menton, au visage si je peux faire autrement je fais  » ajoute Roxane. Impact sur les patients ? Les deux praticiens admettent que le premier confinement a eu un impact sur la santé de plusieurs patients qui n’ont pas pu suivre des soins appropriés.  Chacun y va de son souvenir  » j’ai eu des patients âgés qui avaient une certaine autonomie pour les déplacements, mais qui sont devenus des patients chuteurs  » se désole Roxane. De son côté Martin se souvient d’une patiente avec une prothèse de la hanche   » le retard pris avec elle a engendré une lourde perte de confiance « .

Un retard que ne connaîtra pas Fayzali qui s’estime  « heureux de ne pas s’être blessé lors du premier confinement ». Le jeune homme admet qu’il trouve un réconfort dans ses séances  » un moment pour sortir un peu « . En effet, l’impact du second confinement semble très inquiétant sur la santé des français. D’après de nombreux psychologues et psychiatres, il pèse beaucoup plus sur le moral. 

Les thérapies manuelles en rempart face au moral en berne 

Entre fin septembre et début novembre, le nombre de français en état dépressif a doublé, précise le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon. Une situation qui inquiète au plus haut sommet de l’Etat  » l’épidémie a une face cachée, stress, anxiété, déprime…  » s’alarme Olivier Véran, le ministre de la Santé qui a annoncé un renforcement des cellules d’écoutes et des recrutements de psychologues. Une situation inédite pour la France et peut être une opportunité pour également mettre en avant les bienfaits des thérapies manuelles pour la gestion du stress.  

Dans le numéro 18 d’Osteomag, Sonia Lupien, spécialiste en neurosciences et professeure au sein de la faculté de médecine de Montréal définit le stress non pas comme la pression du temps, mais l’impression de perdre le contrôle sur notre temps. Un sentiment qui domine aujourd’hui chez les français et que les thérapies manuelles peuvent atténuer. Comment ? En agissant en amont d’une situation d’épuisement par exemple. 

De l’impossibilité de respecter l’ensemble des mesures 

Plusieurs spécialistes, comme les fascia-thérapeutes, peuvent agir sur le stress que provoque la crise sanitaire. Tissu élastique qui enveloppe les organes, le fascia réagit dans une période de stress en se tendant. Les tensions peuvent s’incruster dans le fascia et gêner ainsi certaines fonctions du corps, c’est là qu’intervient le fascia-thérapeute. 

Sous couvert d’anonymat, certains thérapeutes ont admis  » travailler sans le masque et ne pas appliquer systématiquement les gestes barrières  » les raisons ?  » c’est une demande des patients « . En effet, dans certaines thérapies, le lien et la connexion au thérapeute sont primordiaux. Le masque empêcherait cette relation et réduirait l’efficacité du geste thérapeutique qui se situe au-delà du plan physique. Cette séance pourrait être également considérée « comme un endroit où le stress lié à la crise sanitaire serait absent » justifient les praticiens. Des thérapies manuelles qui avancent aujourd’hui sans masque pour prendre toute leur place dans la gestion de la crise sanitaire. 

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